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En chaussettes dans un train de nuit.

Quand je retrace le récit, je me revois en chaussettes dans le premier train et sidérée par le paysage dans le second.

Mais avant d’être une histoire de train, ça a démarré par un « et zut, t’as qu’a demander ta mut' ». Donc acte, un mois plus tard, paperasse envoyée (Toulouse virgule Albi virgule Montpellier point final), j’appelais l’antenne sudiste de mon syndicat pour avoir quelques infos et surtout savoir si espérer un ticket pour le soleil était de l’ordre du raisonnable. Au téléphone, je tombe sur monsieur charmant, la voix grave et chantante, qui a douché fissa mon enthousiasme à coup de blabla fermeture de poste blabla lauréats à replacer blabla compliqué oui oui Albi aussi, Montpellier pas terrible et Toulouse encore pire. Le monsieur, que j’ai su plus tard, assez haut placé, m’a donné les coordonnées d’un collègue, a qui j’ai expliqué mes déboires.

« Vous avez une adresse sur Toulouse ? Pour invoquer un rapprochement familial et augmenter vos chances, c’est indispensable.

– Le plus près que j’ai, c’est Millau.

– Millau ? »

Je lui ai donc exposé sommairement mes accointances familiales avec le secteur des Gorges du Tarn et spécifié le fait que je passe l’essentiel de mes vacances à manger de la fouace le matin et de l’aligot le soir en contemplant la Pounto d’Agast et ses envols de parapentes.

« Et vous vous y verriez en Aveyron ? Parce que je vous le dis, il y a beaucoup de postes non pourvus, en particulier des directions.  » Direction. Aveyron. Apparemment, ça a fait tilt de suite.

On m’a très vite rappelé pour me dire que les responsables académiques avaient été prévenus, qu’on leur avait parlé de moi.

C’est comme ça que je me suis retrouvé en chaussettes dans un train de nuit, une convocation dans la poche et quelque chose dans le ventre qui ressemblait à de l’espoir.

03.06.17

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Début juin. L’école a des airs de plage au mois d’Août avec tous les gamins en sandalettes. Pour ma part, j’ai sorti la robe à fleur, celle qui est trop serrée et ma collègue a trouvé que c’était parfait avec mes jambes nues.

J’ai un peu lâché le carnet matinal ces jours-ci, maintenant que LA décision est prise. J’ai reçu l’autre jour un dossier énigmatique avec documents en 6 exemplaires et notice bizarre. L’enveloppe kraft avait l’air de ricaner « tu l’as voulu, tu l’as eu, maintenant faut assumer ! » En septembre, nouvelle vie. Hé oui.

Les enfants sont dorés comme des petits pains en ce moment et complices, complices, autant qu’on peut l’être. Joseph m’a poursuivi au marché en criant « Caho, Caho, attends moi ! » et a déclaré à son père « papa tu es gentil. » Petits bouquets de langage de plus en plus fréquents. Il regardait d’un air envieux un petit garçon pressé alors qu’on rangeait les carottes dans le coffre. Il lui a fait coucou de la main, le regard un peu mélancolique. « Tu veux aller à l’école, hein ? » « Oh voui ».

J’ai visionné un chouette documentaire sur une femme patron pêcheur au Guilvinec. J’espère que les embruns ne me manqueront pas trop l’année prochaine.

Un peu de couture, voire de lecture : je regrignote du temps, petit à petit, à mesure qu’ils grandisssent. Je me recompose doucement. On a passé le plus dur, le temps des pleurs, du regard anxieux, des petits petits petits cramponnés. On a peut être laissé le plus doux.

30.04.17

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C’est en écoutant Joseph babiller que je me suis aperçu que mes pages, celles que chaque matin, celles que j’écris même en classe, sur un coin de table, un quart d’heure avant que la porte ne s’ouvre, n’étaient pas faites. Je me suis dit que ce n’était pas grave, que je les écrirais ici et qu’importe le ton décousu, ce sera un instantané du week-end et de l’état actuel de ma tête, bordélique à souhait.

ça ne va pas, non c’est clair. J’attends ma nomination comme un condamné devant la guillotine car je sais (oh combien) que ce que le oui entraînera. Dépenses, stress, fatigue, un énième été d’horreur ou l’on se demande comment on arrive à se lever le matin. Enchaîner ensuite sur un poste à responsabilité (deux classes oui mais quand même), beaucoup de travail, plus d’école et moins de bébés, est-ce vraiment ça que je souhaite ?

F. est rentré ravi de sa randonnée entre homme : Fréhel, Fort Lalatte, Saint Cast le Guildo. Des paysages à tomber de la falaise, un temps génial et même une traversée par la grève. Moi, j’ai passé la journée avec les petits et mes parents, restaurant et même shopping, plus quelques heures de travail pour me libérer de ces évaluations à préparer : la gloire. Du coup je n’étais pas trop trop jalouse (mais un peu quand même). Je suis allée le chercher au port avec les enfants, on a bu une pression dans un bar chic, face à la mer et c’était bien. On commence doucement à se dire que la côte c’est pas si mal (pourquoi pas Erquy ?) et qu’on finira par l’avoir ici, notre petite maison à nous.

Je crois que je suis fatiguée de tout ça, de ces deux ans de galère, de corvée et de l’ultime échec de l’année dernière. Parallèlement, les choses se rapiècent doucement d’elles-même, les problèmes de sous s’estompent et peu à peu se dégage un horizon plus serein et ensoleillé. Alors moi aussi, il faut que je change, que je mette un point final à mon errance interne, que je me guérisse enfin. Je crois que je vais l’appeler ce bon monsieur et transmettre la lettre que je tiens celée dans un de mes carnets.

En ce moment, on parle beaucoup d’avant. Avant la maison, avant les bébés. On se rappelle les bars, la musique, l’écriture, les copains, les dimanches après-midi. On se rappelle ces années là. On tait la suite : les déménagements, la fin de l’insouciance et mes grossesses difficiles (terrain miné, pas besoin d’y revenir) et on se dit que le meilleur est devant nous, puisqu’elle revient sans que l’on la calcule vraiment, cette espèce de lune de miel avec deux compagnons de route. Quelque chose qui racle un peu moins qu’avant, la vie, peut être.