Drôles de vacances.

Depuis notre arrivée, toute la douceur du Sud semble s’être donnée rendez-vous dans les quelques jours de pause octroyés. Soleil radieux, paysage à tomber par terre, foisonnement végétal à en devenir fou. Pourtant, à la veille du grand saut, j’hésite. La perspective de quitter pour de bon mes clochers à jour me donne soudain le vertige. Et tous ces postes qui défilent devant mes yeux. Toulouse, Albi, Montpellier, Rodez, sais plus, à force.

Chagrin léger de sentir Joseph un peu délaissé au profit de sa petite sœur. Il a deux ans mon petit homme. Il aime la terre et farfouiller dedans, trier les gravillons de la cour, avoir les mains sales, explorer le jardin, mettre ses mains sur les vitre et qu’on lui lise des histoires. Il mange comme un ogre mais à deux à l’heure, il connait tant de chose mais parle si peu, il veut s’émanciper mais porte encore des couches. On le compare à son cousin, dégourdi et de six mois son aîné. On lui dit qu’il n’est qu’un bébé, un petit. Il a deux ans et demi, et lui, si gentil, on le juge, on le regarde de travers, il gêne, clairement. Alors, je fais comme si je n’avais pas envie de souffler un peu et je joue avec lui. On chante, on rit, on marche main dans la main sur des sentiers poudreux. Je le cache dans mes bras et explore avec lui le potager. On fait de la peinture et on « écrit » Joseph, Jeanne, papa, maman, avec des gestes. Récompense tout de même d’entendre « bonjour maman » et de le sentir si lourd dans mes bras, pour 5 immenses et merveilleuses minutes.

Jeanne, bébé si sage fait l’unanimité. Elle plaît aux gens d’ici, ma princesse du nord, claire de peau, aux yeux si bleus, saturés de lumière. Elle me fait peur, bébé silence, avalant sans broncher des quantités de soupe phénoménales. J’ai peur de sa tendresse, de son incurable amour, de son envie de faire plaisir au risque de se rendre malade. J’ai peur de sa soumission, passant avec le sourire de bras en bras, triturée, manipulée comme une jolie poupée sans conscience (son frère râlait et se débattait, lui). Mange, dors, ris, tais toi. J’ai peur de sa facilité à s’offrir aux autres, peur de mon incapacité à la protéger, peur de ne pas savoir lui apprendre à se battre et à se révolter. J’ai envie de la sentir libre et heureuse, même bébé, même à 9 mois. Je ne veux pas qu’elle me ressemble.

Et lui que je ne vois guère, pris dans les travaux de la maison de ses parents, tapisserie, peinture, jardinage et j’en passe. Il me déplie son RAL sous le nez, recycle nos anciennes idées, ce que nous espérions un jour chez nous, dans la maison de ses parents. Moi,  tiers-amère, tiers-jalouse, tiers résignée, je le vois accrocher les superbes rideaux Orla Kierly dans l’entrée et retapisser le couloir avec cette somptueuse tapisserie que l’on n’a jamais pu s’offrir. C’est comme ça. Il essaie d’être juste pourtant et me soulage des petits quand il le peut pour que je puisse travailler et essaie de coincer des escapades (tourisme scolaire et peut être même un restaurant) dans son emploi du temps de ministre bricoleur pour me faire plaisir.

Drôles de vacances.

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