Le ton juste.

Trouver le ton juste n’est pas simple. Selon moi, c’est le consensus parfait entre un style qui nous plaît dans lequel on est à l’aise et ce qui peut potentiellement plaire à d’autres (lecteurs, pairs, élèves… selon les cas). Il s’applique à plein de domaines : je pense tout particulièrement à l’enseignement et à l’écriture. Quand j’ai commencé à enseigner, j’ai fais un stage en petite section. J’étais trop passive et peu sûre de moi, j’ai été bordélisée comme jamais. J’ai fait un second stage, en CM2 cette fois. Un groupe très dur. J’ai eu le dessus en étant très froide et d’une sévérité extrême. Deux classes, deux mauvais souvenirs. Evidemment, la bonne attitude se situe quelque part au milieu, loin des extrêmes. Trouver le juste ton en éducation est difficile, c’est à force de plantage et de réussite qu’on y arrive.

En écriture, blog itou, c’est pareil. Il y a deux jours, je voulais parler de mon organisation. Je m’étais bien installée pour écrire : chaise basse, tasse fumante, enfants couchés. J’avais pris deux-trois photos de mes carnets, j’étais prête. Une demi-heure plus tard, ma tasse était vide et l’article rédigé. C’est alors que je me suis sentie bien bête : ce que j’avais écrit ne ressemblait pas vraiment. Un article utilitaire (et pas des meilleurs) comme il en existe des centaines, à fortiori sur un sujet aussi battu et rebattu que le Bullet Journal. C’était commun, plat. Un peu plus tard, j’ai lu cet article qui m’a donné à réfléchir. Eliness montre avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité que l’on apprend de chaque expérience créative, qu’il ne faut pas se priver d’essayer, de tâtonner, qu’il y a toujours quelque chose de bon à en retirer même si le résultat n’est pas forcément celui que l’on escomptait au départ. J’en reviens à mon histoire de ton. Ce petit échec m’a d’autant plus questionné que je suis soucieuse d’une certaine forme d’homogénéité dans le contenu que je publie : j’ai envie d’être cohérente dans la forme et dans le contenu. Par ailleurs, l’autre aspect un peu gênant de ce fameux article était lié aux photos. En effet, évidemment, elles n’avaient rien de naturel. Or, des photos posées photographiées au portable, cela a t-il du sens ?

Je me suis rendu compte que je cherchais encore ma marque, mon style, ma démarche et le ton juste. Que j’avais des envies : faire de plus jolies photos, écrire plus régulièrement… mais pas le courage de les assumer. Pourquoi ? Par peur. Peur de la critique, peur d’être moyenne voir médiocre, peur de rater. Peur de l’inspiration, de passer pour une copieuse. Peur de ne pas trouver assez de temps. C’est un peu frustrant : à force de retenue, il est difficile d’évoluer. Tout ça pour dire que mon ton juste, je trouverai peut être un jour. D’ici là, j’espère avoir de courage de le chercher sans trop craindre les fausses notes.

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8 réflexions au sujet de « Le ton juste. »

  1. clémence

    Pfiou vaste sujet! Je suis toujours surprise d’arriver à finir un article, d’avoir encore quelque chose à raconter en quelque sorte… Et sortir d’un univers stéréotypé, c’est dur aussi, tu as raison. Penser à haute voix, c’est ça ton style aussi j’ai l’impression, comme ici. Et ça donne drôlement envie de discuter avec toi! : )

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    1. Fileuse Auteur de l’article

      Merci, ça m’aide beaucoup ce que tu dit ! Et de fait, je suis un peu la reine des idées bizarres qui se télescopent ! Je suis toujours épatée à quel point on peut être imprégné par ce qui s’écrit ailleurs (en particuliers la presse et les blogs à objectif plus »pro » disons). C’est glaçant, l’impression que quelqu’un d’autre écrit à ta place ! Ce qui formidable chez toi c’est qu’aucun billet ne se ressemble tout en gardant une couleur caractéristique que l’on retrouve avec plaisir au fil de ton écriture. Je pense que tu écris depuis longtemps? non ?

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      1. clémence

        Moi j’ai l’impression d’écrire tout le temps la même chose justement! Mais en ayant toujours besoin de l’écrire…!
        Oh oui ça fait plus de 10 ans que je blogue en tout, pfiou, c’est le 3ème celui là.

      2. Fileuse Auteur de l’article

        Désolé pour cette réponse en retard, mais j’ai été rattrapée par l’école. 10 ans whaou ! Je t’ai connue à l’époque d’une certaine Mademoiselle Lobster (déjà un régal de blog) et retrouvée un peu par hasard… C’est fou ! Tu n’as jamais eu de doutes, de baisse de motivation ?

  2. Nathalie

    Effectivement, vaste question que celle de la créativité, de l’inspiration, et de ce qui nous appartient, ou pas. Pour ma part, je pense qu’il ne faut pas avoir peur de copier : c’est comme ça qu’on apprend (tu es bien placée pour le savoir, toi qui enseignes ;)) Ta prose, même si elle s’inspire de mille références, restera quand même tienne, parce que c’est toi qui relie tous ces petits bouts. Quand je te lis, je n’ai jamais l’impression de lire un contenu impersonnel, produit des milliers de fois. Parce que tu es la seule personne que je « connaisse » à aimer : ses enfants, lire, écrire, tricoter, se balader… (pardon pour le côté bizarre de cette liste) Tu vois ce que je veux dire ?
    La seule chose qu’il ne faille pas faire, de mon point de vue, c’est formater sa production en fonction de ce que l’on croit être indispensable. Tu n’es pas obligée d’illustrer ton article, même si tout le monde le fait parce qu’on a appris que sinon les gens ne lisaient pas. T’es pas obligée de mettre des sous-titres, de répéter des mots-clefs ou même d’ordonner tes idées (quoi que, pour un billet sur l’organisation, ce serait étrange… mais fascinant ;)) T’as le droit de faire toutes ces choses évidemment, mais seulement si ça t’est naturel, si c’est ça que t’as envie de faire au moment T où tu écris. Ce sont tous ces petits choix qui te rendent uniques, et ainsi tes récits 🙂

    (Pardon bis, je voulais pas avoir l’air de donner un cours :S)

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    1. Fileuse Auteur de l’article

      Au contraire, au contraire ! J’ai relu plusieurs fois ton commentaire, qui est à la fois passionnant et rassurant ! Je suis exactement de ton avis même si parfois, je suis tentée (rapidement) d’appliquer des recettes sécurisantes qui de toute façon ne me ressemblent pas. Le côté un peu fourre-tout de mon blog m’agace un peu parfois, même si je suis strictement infichue de faire autrement ! Et d’ailleurs, mes blogs préférés sont tous très personnels, tant dans la forme que dans le fond…

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  3. Eliness

    Je me suis enfin pris un peu de temps pour me plonger dans cet article qui me parle beaucoup, me sentant souvent moi-même dans tes baskets à ce sujet ! Nathalie partage déjà beaucoup de mon point de vue aussi je ne vais pas répéter ses idées, mais je vais compléter sur la peur que tu mentionnes à la fin de ton article.

    J’ai appris au fil des années à la reconnaître, cette peur, et à la transformer : si j’ai peur de quelque chose, c’est que je touche à un point sensible que je me dois d’explorer pour la dépasser. Si j’ai peur, c’est qu’il y a quelque chose en moi qui n’est pas résolu, et je dois tendre l’oreille pour comprendre ce que cette peur me dit sur moi. Je l’apprivoise ainsi par introspection, en cherchant à la confronter de manière sécurisante. Par exemple, dans ton cas, ce blog me paraît un espace très sain et ouvert à la critique positive avant tout. Tu n’as pas un lectorat immense, tu n’as pas de pression de publication, tu n’as pas (à ma connaissance) de lecteurs malveillants. C’est un terrain exploratoire rêvé dont beaucoup de blogs populaires sont privés, car devant répondre à un conformisme dans lequel ils se sont enfermés.

    Je suis ravie que mon article t’ait amenée à cette conclusion : Toute expérience créative amène toujours à quelque chose. Sans avoir écrit cet article qui ne te correspondait pas, tu n’aurais pas eu cette réflexion qui va peut-être t’ouvrir de nouvelles portes sur ce blog et te pousser à tester de nouvelles choses 🙂

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  4. Fileuse Auteur de l’article

    Un grand grand merci pour ton commentaire. Ta lecture est très intéressante et tu as mis le doigt sur la clef : la peur. J’ai avant tout peur de l’engagement : de ne pas assumer complètement en fait. Je crains de ne pas avoir assez de temps, de ne perdre l’envie en cours de route, peur peut être de me confronter à moi même en somme. 🙂 Et c’est une constante de mon parcours, ça, je me lance avec enthousiasme, j’ai souvent des retours positifs et… je baisse les bras, je laisse tomber. Y a un truc à creuser.
    Tu as raison, l’intérêt d’un petit blog, c’est que l’enjeu est minime et la liberté immense !

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