Tic-tac.

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Le temps passe, les jours s’enchainent. La mécanique cahotante de mon nouveau quotidien est bien lancée, et la mémoire d’avant l’école s’éloigne de plus en plus. Premiers rayons de soleil et les promesses d’un jardin que nous rêvons, l’Archi et moi, à la manière de ces cures d’autrefois : des arbres fruitiers, des rosiers, quelques herbes dans un carré de bois. J’ai renoncé pour le moment à la poule mais ne désespère pas de convaincre. Pas grave, nous aurons un composteur à la place.
Dimanche dans un appartement froid car vide, les garçons sont partis en quête de ravitaillement et je reste seule avec Joseph. Je pense à quelques homonymes, pas Staline trop facile, mais Joseph Moingt que j’aime tant lire, l’ancien pontife  évidemment et aussi un directeur d’école de mes relations. C’est drôle, un prénom si sérieux pour un si petit garçon. A l’origine, je pensais plutôt au vieux Joseph de Moustaki, tout de douceur et d’humilité. La gravité ou la tendresse, il choisira les deux, j’espère. Pour l’heure, il dort paisiblement sous sa petite couverture, dans une vieille nacelle tapissée par la peau d’agneau.
Je me suis enfin résolue à introduire à un biberon, non sans mal -c’est infect le Gallia- mais il semble le boire sans peine. La poudre me libère de l’angoisse que provoquaient les fluctuations de ma lactation. Stress, fatigue, c’est si fragile tout ça. Et puis j’ai bien trop maigri et que vaut le lait d’une maman épuisée ? Mais ce biberon du renoncement restera unique, c’est décidé, promis-juré.
C’est Pâques donc. Repas de famille hier, l’Archi était parmi les siens. Il y a comme un reste de malaise entre sa soeur et moi, vide béant que les mots peinent à remplir. C’est un peu de ma faute et de celle de cet écrasant mal-être un peu après la naissance : je n’étais pas très drôle à l’époque. J’espère juste qu’avec le temps, cela passera. De bons moments quand même, avec ces grands cousins montés en graines et leur père, english teacher. Repas puis balade près des immeubles alentour. En région parisienne me vient souvent un sentiment d’étrangeté, je suis déconcertée : comment peut-on accepter de vivre ici, si mal et pour si cher ? Les temps sont à la mobilité, d’accord ; je veux bien suivre l’Archi où il ira, certes ; ville ou campagne, nord ou sud, peu me chaut, mais pas Paris c’est sûr.
Avec le beau temps arrivent de nouvelles envies : du bleu canard, du jaune, un bel orange pour la maison, apprendre le crochet, me remettre à lire. Profiter de lui, surtout. Emmagasiner des souvenirs de lait, d’écharpe, de siestes tous les deux, pour quand il fera froid, pour quand il sera trop grand pour tout ça. Le temps passe, les jours s’enchaînent : je ne le sais que trop maintenant.

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