La grossesse est un monde étranger.

On s’imagine que c’est facile, naturel, logique. Que nous sommes un tant soit peu programmées pour ça, que le corps va savoir. Rien de plus faux. Il y a plusieurs semaines (une éternité), j’ai vu le film « Un heureux évènement » et ce que j’en retiens est la démonstration majeure que, peu importent les préjugés de départ, rien, absolument rien ne nous prépare vraiment à ce qui se passe, à cet espèce de joyeux bordel généralisé.
Loin de moi l’idée de faire un état des lieux descriptif de la grossesse en général, je parle de moi et de la manière dont je l’ai vécu.

Être enceinte, c’est entrer dans un autre espace-temps. Les journées sont rythmées par les hauts le coeur, les fringales, les coups de mou ; les semaines par les rendez-vous médicaux, prises de sang et autres analyses d’urine. Le temps se compte en semaines de grossesse ou en semaines d’aménorrhées pour les impatientes (dont je suis, avec quinze jours d’avance, le temps passe plus vite). Le développement optimal de l’embryon et la terrible zone à risque des trois mois fixent un nouvel échéancier : 5 cm, douze semaines, première écho, 10 cm, vingt semaines, deuxième écho…

Être enceinte, c’est aussi découvrir un nouveau rapport à l’espace, à commencer par celui de son propre corps. La place plus ample qu’il occupe, dans les vêtements en particulier ou bien ses recoins soit disant intimes qui, médicalisés, ne le sont plus vraiment.  C’est la découverte de nouveaux espaces : la clinique, l’hôpital. C’est aussi la conscience aiguë des autres femmes gravides qui se baladent en liberté sur la voie publique. Les compter inconsciemment et se compter comme l’une d’entre elle. C’est enfin occuper l’espace autrement, avec ce corps lourd, si lourd du dernier mois. Habituée à courir, j’apprends la lenteur et les douleurs qui accompagnent la prise de poids. A plus vingt-trois kilos sur la balance, j’apprends aussi l’humilité.

Être enceinte, enfin et surtout, c’est s’inscrire dans un nouveau rapport aux autres. On se trouve temporairement dans un entre-deux, une parenthèse : sans même s’en rendre compte, on élabore, on construit de nouvelles interactions, une nouvelle relation à son conjoint, à ses parents mais aussi à soi et à sa propre histoire. C’est un temps et un espace de relecture, d’interrogation sur soi et sur les autres, leur place dans notre vie. Moment qui s’est accompagné pour moi d’une grande envie de faire le ménage dans ma vie et le vide dans ma tête. Une thérapie a trouvé sa place dans mon emploi du temps surchargé et je mesure aujourd’hui à quel point elle fut profitable : elle n’est pas étrangère à mon bien être actuel. Un lien ténu se créé aussi avec la drôle de chose qui grandit en soi, qu’on le souhaite, qu’on le favorise ou non. Je ne suis pas de celles qui parlaient beaucoup à leur bébé. Je n’ai pas fais grand chose pour établir une relation, hormis me faire le plus de bien possible tout en sachant que ça lui profiterait quand même. Au fond, l’essentiel est là.

Au final, la grossesse est un passage à vivre pour lui même car elle ne prépare en rien à ce qui suit. Et tant mieux, l’émerveillement n’est que plus grand.

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