En finir avec 2016.

De 2016, je ne garderais que l’étonnante métamorphose de notre vie. Les bouleversements si nombreux. La perte d’équilibre puis la paix soudaine, les nouveaux appuis et la certitude d’être sorti de tout cela, plus forts , plus soudés, plus sûrs de nos choix. On sait désormais que la route sera peut être longue, incertaine, qu’il faudra accepter d’être séparés, de reprendre des études, d’entreprendre nouveaux déménagements, avant de se poser enfin, pour de bon. La différence, c’est que j’ai confiance en moi, en nous, en eux et en la force énorme que nous possédons désormais.
En ce qui me concerne, je tire plus que jamais mon équilibre et mon bonheur de deux choses : mon famille et moi-même.
Chaque soir, je me réjouis de les retrouver : l’Archi en cuisine ou édifiant de stupéfiantes tours de Lego, Joseph et Jeanne, mes bébés dorés et rieurs. Lui découvre le monde, s’essaie au langage, à l’humour, plus câlin et plus charmeur que jamais. Et Jeanne, mon dernier bébé, elle, qui souriait dès le premier jour et dont je suis immédiatement tombée folle amoureuse. L’odeur de gâteau qui dégage de leur tête est devenue une drogue indispensable et lire l’histoire du soir, serré l’un contre l’autre dans le petit lit de Joseph, fait ma joie quotidienne.
J’ai enfin compris que l’épanouissement et l’assise que je retrouve petit à petit dépendent grandement de moi-même, de la place et du temps que j’offre à ma propre créativité, que ce soit l’écriture ou le dessin que j’ai décidé de reprendre, et du respect que je porte à ma propre personne. Deux décisions en particulier sont fondamentales en ce qui me concerne. La première est de refuser de me déclasser physiquement en accordant plus de soin à mon apparence. Je ne conserve que peu de vêtement mais beaux et de qualité. Les efforts sont minimes (un peu de maquillage et une paire de talons) mais je constate avec surprise que je suis environ dix fois, cent fois plus sûre de moi et que j’en impose davantage. J’essaie aussi, et c’est de loin de plus difficile, d’éviter de me déclasser intellectuellement. Je m’oblige en particulier à assumer mon vocabulaire, mes tournures de phrases, mes idées sans les édulcorer (en dépit d’une peur terrible de la pédantisme, de la prétention). J’assume enfin cet « être au monde » un peu différent, cet espèce de boulet que je croyais traîner et qui se trouve finalement être une chance.

6h du matin.

C’est un peu notre histoire à toutes (tous ? ), je crois. C’est l’histoire d’une fille devant son ordinateur un dimanche à six heures du matin. Elle a décidé de ne pas se recoucher après la cinquième tétée de la nuit (soupirs, et dire qu’elle a cru l’autre jour en finir enfin de ces sommeils fractionnés – ben non, fausse alerte) et elle jubile, tasse chaude en main, emmitouflée dans son gros gilet de plus en plus râpé et de plus en plus confortable, de ce temps libre et de ce silence soudain, offert, grande steppe de liberté avant le branle bas de 9h du matin.

Nous sommes en 2017. Elle a refermé 2016 comme on termine un roman de gare, soulagée par la fin du supplice.

Deux heures de liberté donc, ah non, une heure et demie. Déjà ? Déjà. Putain.

Elle meurt d’envie :

d’écrire sur son blog ;

de participer enfin à l’atelier d’écriture (deux propositions de retard mais tout va bien, merci) ;

de coudre (des bavoirs pour Jeanne) ;

de crocheter (un pull pour Jo, penser à regarder des modèles quand ces bachibouzoukes de mitaines seront terminées) ;

de lire (ce roman formidable, cet autre roman qui a l’air génial, le bouquin sur la créativité et cet autre lu vingt fois sur la pédagogie Montessori) ;

de dessiner des fleurettes Pinterestable dans son nouveau super carnet.

Elle se rend compte qu’il va falloir environ tout le mois de janvier pour mettre ses grands projets à exécution. Elle est un peu chagrine (et frustrée).

Sinon, à part ça, elle a repris le travail et a survécu (chose apparemment impossible le dimanche précédent) et prit trois bonnes résolutions : continuer à être créative, gérer son temps, gérer ses émotions. Elle a aussi envie, pendant qu’on y est? de cesser de se préoccuper de l’opinion des gens à son sujet : parce qu’elle ne sait pas ce qui se passe dans leur tête et que de toute façon, ce n’est pas son problème. Elle se dit qu’il va sûrement falloir la décennie pour y arriver mais que ce n’est pas très grave. Avoir de l’ambition, c’est crucial dans la vie.

Que 2017 vous soit doux.

AE n° 6 : Autoportrait à la manière d’Edouard Levé

A partir du travail d’Edouard Levé, autoportait fragmentaire et anodin. 

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J’adore le thé mais je bois trop de café. Je ne perds ni mes clefs, ni mon portable. Être malade m’angoisse. Il m’est impossible de travailler si mon père ou l’Archi se trouvent dans la pièce. Le bruit causé par les enfants me détend. J’ai souvent les ongles trop longs. Je rate régulièrement la pâtisserie. Les mots « agrafeuse » et « sécateur » me crispent. J’aime vivre à la campagne et séjourner en ville. Je ne fréquente pas les campings dotés d’une piscine. J’ai les cheveux courts. Je ne porte jamais de pull-over ou de pantalons. Mon fils range ses petites voitures par couleur. J’aime les gares, les aéroports, les aires d’autoroute, les salles d’attente et tous les lieux de transit où l’on ne revient jamais. J’ai mauvais goût en cinéma et en décoration intérieure. J’ai une cicatrice en plein milieu du front, je l’aime bien. Mes élèves m’appellent madame. Je prends des douches brûlantes. Quand mes proches m’appellent par mon prénom, j’ai l’impression que je vais me faire engueuler. Le journal télévisé m’ennuie. J’aime les teintes sourdes : bordeaux, moutarde, pétrole. Je ne bois jamais d’alcool fort. Je tiens Xavier Grall pour un auteur majeur. J’ai une amie qui appelle celui qu’elle aime « l’autre con ». Je pense les sons en couleur. Je ne supporte pas l’odeur du chlore. Je possède quatre flacons de vernis à ongles, un par saison de l’année. Je suis toujours ravie de participer au dépouillement après les élections. Ma voiture est une véritable décharge. Je possède un chat gris, affectueux et très bête. Je fais des fautes d’orthographe. Je préfère le matin au soir, les déserts aux lieux fréquentés, la fraîcheur à la chaleur. Je regrette de ne pas avoir choisi allemand comme seconde langue vivante au collège. Je me place à deux mètres du miroir pour me maquiller. J’ai un portrait de Fernandel dans mon salon. Je m’enroule dans la couette en dormant. Je fais des gâteaux pour pouvoir finir le bol et manger la pâte crue. Les conversations téléphoniques m’oppressent. On m’appelle affectueusement « petit monstre ». J’oublie ce que je dois acheter quand je rentre dans une grande surface. J’ai des yeux bleus, une jolie peau, de grandes oreilles et de vilaines dents. L’arrivée de mes règles me rend détestable. L’automne, je me nourris essentiellement de raisin et de mandarines. La solitude m’est vitale. J’ai peur des chiens, des guêpes, des gendarmes et des courriers émanant des Finances Publiques. Je range les dessins de mes élèves dans mon registre d’appel. Je porte des chapeaux et des chaussettes en laine. Je trouve moi aussi que le mot « enthousiasme » est le plus beau de la langue française.