Essais-erreurs.

Il y a la lecture depuis 27 ans, l’écriture depuis longtemps, le blog évidemment, la musique à petite dose, le crochet depuis une brassée de mois, un retour au dessin depuis peu, l’aquarelle depuis hier soir. Certains se moquent un peu : professeur des écoles à temps plein, un bébé insomniaque et un petit garçon de deux ans presque et demi, des bestioles diverses et variées, une baraque à tenir et des couches à changer et il t’en faut encore plus.

Tu t’épuises, tu perds ton temps, tu glandouilles, tu tergiverses, t’as mieux à faire de tes journées, de l’utile, du solide, du concret, du terre à terre ; au pire, tu te poseras ce soir devant France 5 si (et seulement si) tout le monde dort.

Ben non. Elles me sont vitales, ces bouffées d’oxygène créatif qui font voir la vie belle et sortir de l’utilitaire. J’ai besoin de me nourrir, c’est comme ça, je l’accepte et je m’accepte sinon je dérive dans le brouillard, coquille brumeuse. Oh, oui, je les aime, mes deux petits, les tétées à minuit, les ouin-ouins à 5h du mat’, les colères et les câlins, les bains, les histoires et les chatouilles, mais je leur appartiens assez la plupart du temps pour ne pas m’autoriser ces micro-retraites égoïstes pour mon bien et pour leur bien.

Et puis, il y a Lui qui voit ça d’un œil septique. De part sa formation et son caractère, il est expert, expérimenté, critique et exigeant. Il a le sens des couleurs, des volumes, un solide coup de crayon et pas la langue dans sa poche. Je pourrais baisser les bras tant c’est décourageant : devant lui, je me trouve nulle, infantile, un peu pathétique. Sauf que non. Je ne peux pas encore produire des choses aussi qualitatives que je le souhaiterais faute de temps (et c’est ce qu’il me reproche, ça et de lui voler du temps qui ne pourrait être qu’à nous) mais je privilégie le ludique, l’exploration, les essais erreurs et le plaisir et je crois, j’espère, j’ambitionne que le reste suivra dans quelque temps, avec l’autonomie petit à petit. En attendant j’utilise ses compétences, j’écoute ses remarques qui piquent un peu mais qui me font avancer. Je n’attends pas de compliments, ni de lui, ni de personne puisque je travaille pour moi : c’est libérateur de s’en persuader.

Peut être que je regretterai ces moments-là, plus tard, à mettre de l’ordre dans ma tête stylo en main avec un bébé qui chante en fond sonore, l’aube qui monte et le chat qui sieste derrière l’écran. Peut être que la contrainte et la frustration me nourrissent aussi, aurais-je autant d’envies si j’avais plus de temps, rien n’est moins sûr… Le temps passe vite, alors je l’habite comme je peux avec Lui, mes bébés, mes livres et mes pinceaux.

17.02.17

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A mesure que les jours rallongent et que pointe de plus en plus souvent le soleil, l’optimisme et l’énergie me reviennent. Je sens que ça va aller mieux. Reprendre des nouvelles des copines, marcher longtemps dans la campagne ou se shooter à l’iode, regarder grandir les enfants. Plein de choses me fond sourire aujourd’hui : lui qui tond la pelouse dans le jardin, le crochet, cette maison pleine de lumière. Les enfants, encore une fois.
Jeanne qui est si grande, géante déjà, calme pourtant, en demande perpétuelle de caresses, câlins, regards, en extase émerveillée dès qu’elle est dans mes bras. Je me demande souvent si je me rappellerai son odeur de gâteau, mes bras qui fatiguent sous son poids, ses petites mains qui m’agrippent le visage pendant les tétées, les plis de ses cuisses, ses rires et sa concentration incroyable. Joseph, petit homme et gros bébé, son gougou et son pouce, les courses folles au volant du chariot, ses premières conversations (a bé vroumvroum un âne tannéééé bé bé gougou pfff José faim), sa passion pour les saucisses, les anchois, les olives noires, les animaux alignés devant la télé, sa façon si délectable de prononcer « maman » et ses colères de pacha. Tous les jours, j’essaie de fixer ça dans ma mémoire, la douceur de leur peau, les premières bêtises, les visites aux biquettes parce que je sais que le temps passe, que les bébés ont un jour 6 mois, 2 ans et puis rentrent au collège sans que l’on ai rien vu venir. J’ai peur de les perdre un peu en oubliant.

11.02.17

C’est un peu comme si les vacances de Noël m’avaient balancé dans la figure une bonne grosse mandale acide, de celles qui réveillent un mort et qui projettent  en avant. Un moment, en particulier, a été la clef, le déclencheur : le repas des anciennes combattantes. On vide notre sac autour d’une bouteille, on parle parents, élèves, collègues, on se retrouve entre nous. Il y avait Brigitte en tablier qui envoyait des crêpes à tour de bras, Caroline, Isa, Jeanne, aussi puisqu’on sortait entre filles ce soir-là. J’ai pris un rail de joie et une bouffée d’oxygène qui m’a permis de traverser la longue apnée de Janvier avec moins de casse que prévu. Avec les copines, la colère est revenue.

Alors, pendant deux mois, j’ai travaillé comme un cheval, archi-carrée, organisée, forte, nickel : j’ai fait le job mieux que jamais. Après la colère, j’ai retrouvé la confiance en moi, et avec elle, un regard affûté, clair, lucide, sur ce qui se passait autour de moi. Et, oh, surprise : nul ne pouvait se prétendre irréprochable. Mesquineries, racontars, coups bas, négligences parfois graves, erreurs à la pelle… Envie de rigoler un peu amère. Vous allez en baver à la rentrée, tous.

Aujourd’hui, j’ai envie de les laisser là où ils sont, vilains fantôches inconsistants. J’ai du mal : pas tout à fait la tête en congés (le cœur est parti en vacances près des bébés depuis bien longtemps lui). En écrivant ces mots, je sens que ça vient, doucement. On se lèvera pas lundi, ou juste pour rester en pyjama, on détendra le corps harassé, les muscles durs comme du béton, on expédiera les colis, les lettres en attente, le tricot va enfin avancer, la lecture aussi, on aura du temps pour le dessin, les Lego, les balades, on écoutera chuinter la cafetière et tomber la pluie.

J’y suis, ça y est.